LES ECHOS LUNDI 9 FÉVRIER 2009
Â
INFORMATIQUE Le président fondateur de la troisième société de services informatiques indienne, Azim Premji, a de grandes ambitions en Europe. Selon lui, les entreprises vont faire de plus en plus appel au
« offshore » pour réduire leurs coûts.
Alors que le monde a changé et est devenu global, une politique protectionniste de la part des Etats-Unis serait une mauvaise nouvelle pour tous », s'inquiète Azim Premji, le président fondateur du troisième groupe indien de services informatiques, Wipro, dans un entretien aux « Echos ». Celui que l'on surnomme le « Tigre de Bangalore » (voir ci-contre), ville du sud de l'Inde où est implanté le quartier général de son groupe de 100.000 personnes, était de passage à Paris la semaine dernière. Il s'était rendu auparavant en Suisse au Forum économique mondial, où il a coprésidé une réunion sur la gouvernance de l'informatique et des télécoms. « Les participants présents à Davos espèrent une reprise rapide de l'économie et les dirigeants ont manifesté leur volonté de continuer à investir dans les technologies de l'information », a-t-il constaté.
Mais la crise de 2009 n'est pas forcément une mauvaise nouvelle pour cette SSII indienne championne depuis vingt-cinq ans dans les prestations informatiques à bas coûts et à distance (« offshore ») pour tout type d'entreprises dans le monde (GlaxoSmithKline, Nortel, Thomas Cook, Emerson, Magneti Marelli, Olympus, National Grid...). Avec la récession, l'exigence de réduction des coûts des grandes entreprises se fait plus aiguë, et sous-traiter l'informatique jusqu'en Inde reste plus que jamais d'actualité. Et ce n'est pas le récent scandale financier autour de la quatrième SSII indienne, Satyam, qui pourrait ébranler la sérénité d'Azim Premji. Pour lui, il s'agit d'« une affaire isolée ». Seul point commun avec ce concurrent : l'interdiction de faire affaires - jusqu'en juin 2011 - avec la Banque mondiale, laquelle reproche à Wipro d'avoir offert des actions à ses employés. « En huit ans, nos contrats avec elle représentent moins de 1 million de dollars », précise-t-il pour relativiser la sanction.
Â
Priorité à l'Europe
« Nous sommes confiants pour la prochaine année [le nouvel exercice de Wipro démarrera le 1er avril 2009, NDLR], qui sera forte, même s'il y a encore beaucoup d'interrogations aux Etats-Unis et en Europe », affirme le patron de Wipro. Son groupe réalise 60 % de son chiffre d'affaires annuel - 4,93 milliards de dollars en 2007-2008 (clos le 30 mars) - avec l'Amérique du Nord et près de 30 % avec l'Europe. Le dirigeant reconnaît être encore très dépendant des Etats-Unis, impactés par la récession. « Notre objectif est de réaliser en Europe 40 % de notre chiffre d'affaires dans trois ans », indique le président de Wipro. Pour cela, le Tigre est prêt à sortir ses griffes, notamment en France et en Allemagne, où il compte se renforcer (la Grande-Bretagne étant déjà son premier marché européen).
Dans chaque pays, la SSII indienne raisonne « glocal » : « Nous recrutons localement pour jouer la proximité avec nos clients. Pour une personne dans un pays au service d'un client, nous en avons deux à trois autres à distance », explique-t-il. Dans l'Hexagone, où Wipro réalise environ 77 millions d'euros de chiffre d'affaires, les effectifs sont de 220 salariés et vont doubler d'ici à dix-huit mois. « La France recourt de plus en plus à l'offshore », se félicite-t-il. Fort d'une trésorerie de 500 millions de dollars, Azim Premji dit regarder « quelques opportunités d'acquisition, d'abord en Europe, dans des sociétés de logiciels ou de services réalisant au moins 100 millions de dollars de chiffres d'affaires ». Mais il n'en dira pas plus...
Azim Premji, le Tigre de Bangalore, prépare sa succession
Affaire de famille. Lorsqu'il succède en 1966 à la tête de Western India Vegetable Products Limited (Wipro), créé en 1945 par son père, Azim H. Premji n'a que vingt et un ans. Depuis, il a transformé l'entreprise familiale en géant mondial de l'informatique, qui devrait franchir cette année les 5 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Sa fortune personnelle dépasse maintenant les 12 milliards de dollars. Le Tigre de Bangalore aura soixante-quatre ans le 24 juillet prochain. Sa succession ? Il la prépare dans le plus grand secret « depuis quatre ans, avec le conseil d'administration ». L'un de ses fils, Rishad, a rejoint Wipro en 2007 aux finances... « Il est trop jeune », estime le président, qui contrôle Wipro Technologies à 79 %. L'autre, Tariq, travaille pour la Azim Premji Foundation. Wipro devrait continuer à être une affaire de famille.
CHARLES DE LAUBIER
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
